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Saint Seiya Time Odyssey tome 4 : la saga continue

Saint Seiya Time Odyssey tome 4 : la saga continue

Par Sylvie M.

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Sylvie M.

La lumière tombe sur la page ouverte, et l'or d'une armure irradie depuis le papier glacé. Il y a dans ce quatrième tome de Saint Seiya Time Odyssey quelque chose qui ressemble à l'odeur des vieux albums que l'on retrouve au fond d'une malle : une matière familière, mais travaillée autrement, comme un tissu dont on aurait changé la trame sans en altérer la couleur.

Je suis venue à Kurumada tardivement. Pas par le Club Dorothée, pas par les cours de récréation des années quatre-vingt. Par un hasard de librairie, un après-midi pluvieux, en feuilletant un volume posé à côté d'un Bilal. Les Chevaliers du Zodiaque, donc. On m'avait prévenue : c'est du shonen, des combats, des armures, de la mythologie en costume. Soit. Mais on perçoit ici autre chose, une résonance plus profonde, et c'est cette résonance qu'Alquié et Dollen ont eu l'intelligence de saisir.

Une relecture, pas un hommage#

Saint Seiya Time Odyssey n'est pas un remake case par case. C'est une série originale qui emprunte l'univers, les personnages et les codes visuels de Masami Kurumada, mais les redéploie dans une narration neuve. Jérôme Alquié au scénario, Arnaud Dollen au dessin : deux auteurs français qui reprennent les Chevaliers de Bronze, le Sanctuaire, le cosmos et la menace de Chronos, dieu du temps, pour en tisser une fresque où fidélité thématique et invention narrative cohabitent sans se gêner.

Le parti pris est de maintenir l'essence du shonen classique, la camaraderie, le dépassement de soi, les combats épiques, tout en modernisant la grammaire visuelle et en creusant les arcs psychologiques. Pas de nostalgie complaisante. Pas de clin d'œil appuyé pour rassurer le fan. Une véritable création, au sens où un peintre reprend un motif ancien pour en révéler des registres insoupçonnés.

Quelque chose se joue ici, entre la lettre et l'esprit. Douze ans après le lancement de la série originelle chez Kana, ce quatrième tome arrive en librairies et consolide l'ambition de cette refonte. Une relecture, ce n'est jamais du respect timide. C'est un acte de possession.

Pour celles et ceux qui s'intéressent à la manière dont l'objet-livre façonne notre rapport au manga, je renvoie à notre réflexion sur les coffrets manga collector, où la question de la matérialité se pose avec une acuité particulière.

Le tome 4 : Seiya immobilisé, Shiryu incandescent#

Le tome précédent s'était refermé sur un cliffhanger dévastateur : Seiya, le héros central, vaincu par Hadès lui-même. Son corps détruit, son âme emprisonnée dans le monde souterrain par l'épée de l'empereur de la mort. Vivant, oui, mais confiné à un fauteuil roulant, et les auteurs ont choisi de traiter cette situation avec une gravité qui m'a surprise. Pas de revers temporaire, pas de résurrection express. Une blessure qui dure, qui pèse, qui modifie l'équilibre de tout le récit.

Le tome 4 s'ouvre sur cette impasse. Shiryu, le Chevalier du Dragon, compagnon historique de Seiya, refuse l'inacceptable. Obsédé par le sauvetage de son ami, il semble prêt à tout sacrifier. Sa stabilité émotionnelle, d'abord. Puis davantage. On voit monter en lui une rage dormante que les auteurs déploient avec une palette de nuances notable : la colère qui se confond avec l'amour, le dévouement qui bascule dans l'aveuglement. Les auteurs suggèrent que cette rage pourrait engloutir non seulement ses ennemis, mais aussi ses alliés. Et Shiryu lui-même.

Pendant ce temps, Chronos poursuit sa quête apocalyptique : assembler les trois aiguilles capables d'arrêter l'Apocalypse Clock. Il ne lui manque que trois reliques : le trident de Poséidon, l'épée de Hadès qu'il contrôle déjà partiellement, et le sceptre d'Athéna. Le Sanctuaire se mobilise, mais sans Seiya, sans cette force motrice habituelle, tout devient plus complexe. Plus fragile.

Il y a dans ce basculement narratif une subtilité qui m'évoque, toutes proportions gardées, certaines pages de Sophocle. Le héros absent dont l'ombre continue de structurer le drame. Je ne sais pas si Alquié a lu l'Ajax, mais l'empreinte est là.

Ce qui vibre, ce qui hésite#

La fragilité comme moteur#

Contrairement au manga original, où les Chevaliers rebondissent presque instantanément après chaque revers, Time Odyssey traite les blessures comme des blessures. Seiya immobilisé n'est pas un handicap provisoire : c'est un catalyseur narratif qui force Shiryu à mûrir, à devenir plus qu'un disciple de son maître. Cette vulnérabilité rend les enjeux crédibles. On ne triche pas avec la souffrance.

Le geste, ici, compte autant que le résultat. Dollen excelle dans la communication visuelle des émotions. Ses visages expriment l'inquiétude, la rage contenue, la détermination avec un éclat que beaucoup de mangakas contemporains pourraient lui envier. Ses combats gardent la dynamique du shonen classique, l'énergie du cosmos, les attaques spectaculaires, mais ils respirent. Ils ont du poids. On sent la matière.

J'ai passé un long moment sur une double page où Shiryu, seul face à l'horizon, semble porter le ciel sur ses épaules. Le traitement des draperies, l'anatomie sous tension, la gestion des échelles, du gros plan émotionnel au plan d'ensemble épique. C'est tout un univers qui s'ouvre : celui d'un dessinateur qui pense en cinéaste.

Ce qui mérite débat#

Je vais être honnête : certains passages m'ont ralentie, et pas toujours de la bonne manière. Alquié a parfois un penchant pour les monologues introspectifs qui épaississent le texte là où le dessin de Dollen suffirait à porter l'émotion. C'est un risque inhérent à la bande dessinée franco-belge, où la narration textuelle joue un rôle plus important qu'au Japon. Ici, cela accentue le sentiment de mélancolie du récit, ce qui n'est pas nécessairement un défaut. Mais la frontière entre profondeur et lourdeur est mince, et quelques bulles mériteraient d'être allégées.

De même, avec plusieurs Chevaliers engagés sur plusieurs fronts, Shiryu et Seiya d'un côté, le reste du Sanctuaire de l'autre, Chronos partout, certaines sous-intrigues manquent de souffle. Les tomes précédents compensaient par des affrontements spectaculaires. Le tome 4 investit davantage dans le caractère, au détriment parfois de la tension pure.

À qui s'adresse cette œuvre#

Aux anciens enfants du Sanctuaire#

Si vous avez entre trente-cinq et cinquante ans et que vous avez grandi avec les Chevaliers du Zodiaque sur TF1, Time Odyssey sera un plaisir mêlé de trouble. Vous reconnaîtrez chaque personnage, chaque référence mythologique, chaque écho au dessin original de Kurumada. Mais vous ne retrouverez pas votre Saint Seiya. C'est intentionnel. Et c'est peut-être mieux ainsi.

Alquié et Dollen ne vous demandent pas de nostalgie. Ils vous demandent d'accepter que les Chevaliers grandissent, qu'ils pleurent, qu'ils risquent vraiment. Moi qui suis arrivée à cette saga sans le filtre de l'enfance, je peux témoigner que l'œuvre se tient seule. Elle n'a pas besoin de votre mémoire affective pour fonctionner. Elle la bonifie, simplement.

Aux lecteurs neufs#

La bande dessinée franco-belge, même de haut niveau, reste dense et exigeante. Time Odyssey demande de connaître l'univers : qui est Athéna, pourquoi les Chevaliers la servent, ce qu'est le cosmos. Lire le tome 4 sans les trois premiers serait comme entrer dans une cathédrale par la sacristie : techniquement possible, mais on rate la nef.

Point d'entrée recommandé si vous aimez la mythologie réimaginée (Madeline Miller, Circé), le shonen psychologique (Jujutsu Kaisen, Chainsaw Man), ou la bande dessinée d'auteur d'aventure. Sinon, commencez par le tome 1.

Aux amoureux du trait#

Arnaud Dollen est une référence. Son traitement des draperies, de l'anatomie sous tension, et surtout sa gestion des échelles de dessin mériterait d'être étudiée en école d'art. Je songe à certaines planches de Moebius où l'espace même devenait personnage. Dollen n'en est pas là, mais il marche dans cette direction avec une assurance qui force le respect.

Informations pratiques#

DétailInformation
Titre completSaint Seiya, Les Chevaliers du Zodiaque, Time Odyssey, Tome 4
AuteurJérôme Alquié (scénario), Arnaud Dollen (dessin)
ÉditeurKana Éditions
FormatRelié, couleur intégrale (sauf couverture)
Nombre de pages~56 pages
ParutionNovembre 2025 / Février 2026 (dépôt légal France)
Prix indicatif16,95 €
PublicÀ partir de 12-13 ans (aucune violence graphique, psychologie complexe)
DisponibilitéLibrairies FNAC, Amazon, Cultura, Kana.fr

Questions fréquentes#

1. Faut-il avoir lu les trois premiers tomes pour comprendre le tome 4 ?#

Oui, sans hésitation. Time Odyssey n'est pas une anthologie. Le tome 4 résout des mystères posés au tome 1 et dépend entièrement de la compréhension des relations entre Seiya, Shiryu, Athéna et Chronos.

2. Est-ce plus « adulte » que le manga original ?#

Oui et non. Il n'y a pas plus de violence graphique, les auteurs évitent le gore. Mais le propos psychologique est plus mûr : les personnages font des choix moralement gris, acceptent que certains sacrifices ne peuvent pas être récupérés. C'est moins un conte de chevaliers, plus un drame épique.

3. Combien de tomes sont prévus au total ?#

La série a été conçue comme une saga sur cinq tomes. Le tome 4 amène le récit près de son climax. Un tome 5 concluant est attendu.

4. Comment comparer cela à Saint Seiya: Awakening (le reboot 3D) ?#

Aucune comparaison possible. Awakening (2020) était une série Netflix avec effets 3D, rebootant les personnages pour un public américain. Time Odyssey est une création franco-belge qui respecte l'univers original tout en le transformant. Deux projets, deux philosophies.

5. Et si le style de Dollen ne convainc pas ?#

Cela arrive. Le dessin de Dollen est très européen, très ligne claire, loin du style anime. Si vous n'aimez que le manga japonais, Time Odyssey peut paraître trop « BD franco-belge ». À tester en feuilletage en librairie avant achat.

Sources#

L'empreinte qui reste#

Ce quatrième tome ne rend pas à Seiya l'usage de ses jambes. Il ne résout pas tout. Il laisse pourrir les enjeux avec une patience qui relève presque de la cruauté narrative. C'est ce qui en fait le prix.

Il y a dans cette saga une ambition qui dépasse le simple divertissement. Alquié et Dollen construisent quelque chose de singulier, à mi-chemin entre l'épopée grecque et le roman graphique contemporain. Pas une nostalgie : une création. Et dans le paysage actuel de la bande dessinée, la singularité, c'est une forme de courage.

Je repose le volume sur la table. La lumière a tourné depuis que j'ai commencé ma lecture. L'or de l'armure, sur la couverture, a pris des reflets cuivrés. Dehors, le soir tombe comme un rideau de théâtre, et je me surprends à penser que les mythes, les vrais, ne se transmettent pas : ils se réinventent. Tome après tome. Génération après génération.

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