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Saint Seiya Time Odyssey tome 4 : la saga continue

Par Julien P.

8 min de lecture
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Saint Seiya revient. Pas en nouvelle série, pas en spin-off : en relecture. Saint Seiya — Les Chevaliers du Zodiaque — Time Odyssey est la tentative de Jérôme Alquié et Arnaud Dollen de revisiter le mythe fondateur du shonen de 1985. Douze ans après le lancement de la série originelle chez Kana, le tome 4 arrive actuellement en libraires et consolide cette ambitieuse refonte narrative. À qui s'adresse cette relecture ? Qu'apporte-t-elle aux fans historiques ? C'est ce que nous disséquons ici.

Saint Seiya Time Odyssey : qu'est-ce que c'est au juste ?#

Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur Manga court en 1 tome : 15 one-shots à lire absolument.

Saint Seiya Time Odyssey n'est pas un remake case par case. C'est une série originale qui emprunte l'univers, les personnages et les codes visuels de Masami Kurumada, mais les redéploie dans une narration neuve. Jérôme Alquié (scénario) et Arnaud Dollen (dessin) ont repris les Chevaliers de Bronze, le Sanctuaire, le cosmos et la menace de Chronos — le dieu du temps — dans une fresque qui mêle fidélité thématique et innovation narrative.

Le parti pris est clair : maintenir l'esprit du shonen classique — camaraderie, dépassement de soi, combats épiques — tout en modernisant la grammaire visuelle et en creusant les arcs psychologiques des personnages. Pas de nostalgie de mauvais aloi, pas de fandom-pleasing obligatoire. Une véritable création.

Le contexte du tome 4 : Seiya est immobilisé, Shiryu déraille#

Le tome 3 s'est terminé sur un cliffhanger dévastateur : Seiya, le héros central, a été vaincu par Hades lui-même. Son corps est détruit, son âme est emprisonnée dans le monde souterrain par l'épée de l'empereur de la mort. Il est vivant, mais confiné à un fauteuil roulant — un élément que les auteurs ont choisi de développer sérieusement, loin du simple revers temporaire.

Le tome 4 s'ouvre sur cette situation d'impasse. Shiryu, le Chevalier du Dragon et compagnon historique de Seiya, ne l'accepte pas. Obsédé par le sauvetage de son ami, il semble prêt à tout sacrifier — y compris sa propre stabilité émotionnelle. Dans ce tome, on voit la rage dormante du Dragon émerger. Les auteurs suggèrent qu'elle pourrait engloutir non seulement ses ennemis, mais aussi ses alliés et Shiryu lui-même.

Pendant ce temps, Chronos poursuit sa quête apocalyptique : assembler les trois aiguilles capables d'arrêter l'Apocalypse Clock. Il ne lui manque que trois reliques : le trident de Poséidon, l'épée de Hadès (qu'il contrôle déjà, partiellement), et le sceptre d'Athéna. Le Sanctuaire se mobilise, mais sans Seiya — la force motrice habituelle — tout devient plus complexe, plus fragile.

Analyse : force et faiblesses narratives#

Ce qui fonctionne#

La fragilité psychologique des héros. Contrairement au manga original, où les Chevaliers rebondissent presque instantanément après chaque revers, Time Odyssey traite les blessures comme des blessures. Seiya immobilisé n'est pas juste un handicap provisoire — c'est un catalyseur narratif qui force Shiryu à mûrir, à devenir plus qu'un disciple de son maître. Cette vulnérabilité rend les enjeux crédibles.

La pédagogie du dessin. Arnaud Dollen excelle dans la communication visuelle des émotions. Ses visages expriment l'inquiétude, la rage contenue, la détermination mieux que beaucoup de mangakas contemporains. Ses combats gardent la dynamique du shonen classique — l'énergie du cosmos, les attaques spectaculaires — mais ils respirent, ils ont du poids.

Le rythme de révélation. Contrairement au manga original, qui posait ses mystères et les résolvait dans le même arc, Time Odyssey distille l'information. On ne sait pas encore comment le Sanctuary compte récupérer le sceptre d'Athéna. On ne sait pas non plus si Shiryu survivra à son propre débordement émotionnel. Cette tension narrative crée une vraie curiosité.

Ce qui mérite débat#

La lourdeur du texte de dialogue. Alquié a parfois un penchant pour les monologues introspectifs qui ralentissent le rythme. Certaines pages exposent des états d'âme que le dessin aurait pu suggérer plus efficacement. C'est un risque inhérent à la bande dessinée franco-belge, où la narration textuelle joue un rôle plus important qu'au Japon — mais ici, cela accentue le sentiment de mélancolie du récit, ce qui n'est pas nécessairement un défaut.

Le pacing de groupe. Avec plusieurs Chevaliers engagés sur plusieurs fronts (Shiryu/Seiya, le reste du Sanctuary, Chronos), certaines sous-intrigues manquent de momentum. Les tomes précédents compensaient par des affrontements spectaculaires ; le tome 4 investit davantage dans le caractère, au détriment parfois de la tension pure.

À qui s'adresse Saint Seiya Time Odyssey ?#

Pour les fans historiques#

Si vous avez 35-50 ans et que vous avez grandi avec les Chevaliers du Zodiaque dans le Club Dorothée sur TF1, Saint Seiya Time Odyssey sera un plaisir mêlé de trouble. Vous reconnaîtrez chaque personnage, chaque référence mythologique, chaque clin d'œil au dessin original de Kurumada. Mais vous ne retrouverez pas votre Saint Seiya — et c'est intentionnel.

Alquié et Dollen ne vous demandent pas de nostalgie. Ils vous demandent d'accepter que les Chevaliers grandissent, qu'ils pleurent, qu'ils doublent mises et enjeux. Si vous aimez l'originalité narrative, vous apprécierez. Si vous cherchez une copie conforme, sautez.

Pour les nouveaux lecteurs#

La bande dessinée franco-belge, même de haut niveau, reste réputée dense et exigeante. Saint Seiya Time Odyssey demande de connaître l'univers : qui est Athéna, pourquoi les Chevaliers la servent, qu'est-ce que le cosmos. Lire le tome 4 sans les trois premiers serait comme arriver au tome 15 d'une saga habituelle — techniquement possible, narrativement frustrant.

Verdict : excellent point d'entrée si vous aimez la mythology reimaginée (voir Madeline Miller, Circe), le shonen psychologique (voir Jujutsu Kaisen, Chainsaw Man), ou la bande dessinée d'auteur d'aventure. Sinon, commencez par le tome 1.

Pour les illustrateurs et créatifs visuels#

Arnaud Dollen est une référence pédagogique. Son traitement des draperies, de l'anatomie sous tension, et surtout sa gestion des échelles de dessin (du gros plan émotionnel au plan d'ensemble épique) mériterait d'être étudié en école d'art. Time Odyssey est une masterclass en narration visuelle.

Informations pratiques#

DétailInformation
Titre completSaint Seiya — Les Chevaliers du Zodiaque — Time Odyssey, Tome 4
AuteurJérôme Alquié (scénario), Arnaud Dollen (dessin)
ÉditeurKana Éditions
FormatRelié, couleur intégrale (sauf couverture)
Nombre de pages~56 pages
ParutionNovembre 2025 / Février 2026 (dépôt légal France)
Prix indicatif16,95€
PublicÀ partir de 12-13 ans (aucune violence graphique, psychologie complexe)
DisponibilitéLibrairies FNAC, Amazon, Cultura, Kana.fr

FAQ#

1. Faut-il avoir lu les trois premiers tomes pour comprendre le tome 4 ?#

Oui, c'est indispensable. Time Odyssey n'est pas une anthologie. Le tome 4 résout des mystères posés au tome 1 et dépend entièrement de la compréhension des relations entre Seiya, Shiryu, Athéna et Chronos.

2. Est-ce plus "adulte" que le manga original ?#

Oui et non. Il n'y a pas plus de violence graphique — les auteurs évitent le gore. Mais le propos psychologique est plus mûr : les personnages font des choix moralement gris, acceptent que certains sacrifices ne peuvent pas être récupérés. C'est moins un conte de chevaliers, plus un drame épique.

3. Combien de tomes sont prévus au total ?#

La série a été conçue comme une saga sur cinq tomes. Le tome 4 amène le récit près de son climax. Un tome 5 concluant est attendu.

4. Comment compare-t-on ça à Saint Seiya: Awakening (le reboot 3D) ?#

Aucune comparaison possible. Awakening (2020) était une série Netflix avec effets 3D délocalisée en Amérique, rebootant les persos. Time Odyssey est une création franco-belge qui respecte l'univers original tout en le transformant. Deux projets, deux philosophies.

5. Et si je n'aime pas le style de Dollen ?#

Cela arrive. Le dessin de Dollen est très européen, très ligne claire, loin du style anime. Si vous n'aimez que le manga japonais, Time Odyssey peut paraître "trop BD franco-belge". À tester en feuilletage en librairie avant achat.

Sources#

Notre verdict#

Saint Seiya Time Odyssey tome 4 est une suite qui s'assume pleinement. Elle refuse la facilité — elle ne rend pas à Seiya l'usage de ses jambes au dernier chapitre, elle ne résout pas tout, elle laisse pourrir les enjeux. Cela crée une tension narrative différente du manga original, plus mûre, moins rassurante.

Pour le fan de BD d'aventure, de mythologie revisitée, ou simplement de storytelling qui prend ses personnages au sérieux, c'est un achat justifié. Pour celui qui cherche juste à revoir ses Chevaliers préférés gratuitement en souriant, ce n'est pas cela.

Ce qui est certain : Alquié et Dollen construisent quelque chose de singulier. Pas une nostalgie, une création. Et dans le paysage actuel de la bande dessinée franco-belge, la singularité ça se respecte.

JP

Julien P.

Analyste & narrateur data-driven

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