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Kaiju No. 8 saison 2 : le shonen monstre qui bouscule la hiérarchie anime du printemps

Par Sylvie M.

6 min de lecture
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Il y a des saisons anime où la hiérarchie semble figée. Demon Slayer a posé sa couronne sur les batailles de sakura. Jujutsu Kaisen a redéfini ce qu'on attendait d'un combat d'ombres et de malédictions. Et puis Kaiju No. 8 est arrivé en 2024, portant sur ses épaules la promesse un peu folle d'une troisième voie : le shonen du trentenaire raté qui devient monstre. La saison 2, diffusée de juillet à septembre 2025 sur Crunchyroll, n'a pas exactement honoré cette promesse. Mais la question qu'elle pose reste entière : où se situe cette série dans une hiérarchie shonen qui se resserre chaque saison ?

La thèse : une montée en puissance qui confirme le potentiel#

La saison 2 adapte les chapitres 39 à 80 environ du manga de Naoya Matsumoto, couvrant les volumes 5 à 10. C'est dense, et Production I.G, accompagné de Khara pour les designs de créatures, a manifestement soigné l'exécution visuelle. La chorégraphie des combats gagne en précision, les designs de kaiju s'élaborent, et la direction de la photographie trahit une équipe qui a trouvé son rythme.

Sur ce plan purement esthétique, la comparaison avec Demon Slayer tient la route. Ce que Ufotable avait réussi pour la texture des effets de souffle, Production I.G le reproduit pour les silhouettes monstrueuses qui déferlent dans les rues dévastées. Il y a une générosité dans l'animation des scènes de combat qui force le respect. Si Kaiju No. 8 se bat sur le terrain de la spectacularité visuelle, il ne perd pas.

La série a également introduit un élément narratif rappelant le fameux "Taisho era secret" de Demon Slayer : des segments légers intercalés entre les arcs tendus, une façon de respirer qui humanise les personnages sans trahir le rythme global. C'est un geste d'adaptation intelligent, qui prouve que le staff a compris ce qui fait le charme du manga original au-delà des combats.

Le positionnement est clair : Kaiju No. 8 revendique sa place dans un segment shonen adulte, plus ancré dans l'anxiété sociale d'un protagoniste trentenaire que dans l'héroïsme candide d'un lycéen. Sur ce différenciateur, la série reste unique dans le paysage.

L'antithèse : les limites structurelles d'une saison déséquilibrée#

Honnêtement, j'ai changé d'avis là-dessus en regardant les derniers épisodes. J'étais prête à défendre la saison 2 bec et ongles, et puis Kafka a progressivement disparu de sa propre histoire.

C'est le problème fondamental. Kafka Hibino était la colonne vertébrale émotionnelle et narrative de la première saison : son rapport à l'échec, à la vieillesse, à la rédemption donnait à la série une texture qu'on ne trouve pas chez les shonen classiques. En saison 2, il est progressivement relégué à un rôle secondaire dans les arcs finaux, laissant la place à des antagonistes et à des dynamiques d'équipe qui, pour être intéressantes, n'ont pas la même charge émotionnelle.

La comparaison avec Jujutsu Kaisen devient ici moins flatteuse. La saison 2 de JJK, en particulier l'arc de l'incident de Shibuya, avait réussi quelque chose de rare : décentrer Yuji Itadori sans l'effacer, en distribuant le poids narratif sur un ensemble de personnages dont chacun portait sa propre résonance. Kaiju No. 8 ne réussit pas tout à fait le même équilibre. Les combats s'enchaînent avec une précision technique admirable mais une densité émotionnelle qui s'érode.

La fin de saison aggrave le diagnostic. L'épisode 11 s'arrête sur un cliffhanger brutal, au seuil d'un arc violent dont la continuation, selon les informations disponibles, ne sera pas imminente. C'est une pratique courante dans l'industrie, mais après une saison déjà moins cohérente que la première, ce cliffhanger laisse un goût d'inachevé qui pèse sur l'évaluation globale.

Il faut aussi mentionner l'ombre du manga. Kaiju No. 8 s'est conclu le 18 juillet 2025, en 129 chapitres, avec une fin qui a divisé les lecteurs. Les comparaisons avec la fin de Jujutsu Kaisen, jugée précipitée par beaucoup, ont immédiatement circulé. L'anime n'est pas responsable de cette fin, mais il porte le poids de l'anticipation déçue d'une partie du lectorat.

Mon verdict : une série qui restera dans le deuxième tier#

La hiérarchie shonen post-Demon Slayer et JJK est impitoyable. Ces deux séries ont redéfini les attentes en termes de production, de budget, de soin apporté aux transitions émotionnelles. Kaiju No. 8 joue dans cette cour mais sans en avoir encore les clés.

Ce qui distingue les vraies œuvres de sommet dans le genre, c'est la capacité à rendre les moments de repos aussi intenses que les batailles. Demon Slayer le fait avec ses plans contemplatifs sur les personnages secondaires. JJK le faisait en saison 2 avec des séquences de flashback qui réécrivaient rétrospectivement toute la dramaturgie. Kaiju No. 8, en saison 2, perd du terrain sur ce plan.

La comparaison avec Frieren saison 2, qui a redéfini ce qu'un anime contemplatif pouvait accomplir, est sévère mais instructive : les deux séries travaillent sur des protagonistes hors du schéma lycéen classique, mais l'une approfondit ce pari à chaque épisode tandis que l'autre finit par l'abandonner quand les combats s'intensifient.

Ce n'est pas une mauvaise série. La relève du shonen jump montre que la concurrence est rude et que tenir sur deux saisons sans décevoir est déjà une performance. Et Solo Leveling saison 2 a montré, de son côté, qu'un anime d'action peut perdre sa singularité dès lors qu'il mise tout sur l'escalade des pouvoirs. Production I.G reste l'un des studios les plus fiables du paysage, et les fondations narratives de Matsumoto, malgré une fin controversée, portent des idées suffisamment originales pour que la série mérite son audience.

Mais si la question est de savoir si Kaiju No. 8 rejoint Demon Slayer et JJK dans le panthéon des shonen qui redéfinissent le genre : pas encore. Peut-être l'arc de conclusion annoncé le permettra. Pour l'heure, la série occupe une position confortable dans le deuxième tier des productions shonen ambitieuses, c'est-à-dire une position que beaucoup de séries envieraient, sans être celle qu'on lui avait promise.

J'ai terminé la saison 2 un samedi après-midi avec une bouteille de Fleurie ouverte à côté, et je me suis surprise à penser que le vin durait plus longtemps que la série. Ce n'est pas une vanne sur Kaiju No. 8. C'est une réflexion sur la durée.

Sources#

SM

Sylvie M.

Critique culturelle & littéraire

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