BD et écologie forment un couple de plus en plus prolifique. Depuis le succès phénoménal du Monde sans fin de Jancovici et Blain, vendu à plus d'un million d'exemplaires (source : Livres Hebdo, 2024), la bande dessinée s'impose comme un medium de choix pour vulgariser les enjeux climatiques, raconter la biodiversité ou documenter les scandales environnementaux. Romans graphiques, reportages dessinés, fictions d'anticipation : le 9e art explore l'écologie sous tous les angles.
Voici 15 bandes dessinées pour comprendre l'environnement, sélectionnées pour la rigueur de leur propos, la qualité de leur narration et la diversité de leurs approches.
Les enquêtes et documentaires
1. Le Monde sans fin — Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici
Éditeur : Dargaud, 2021. 196 pages.
Le phénomène. L'ingénieur Jean-Marc Jancovici joue le guide, le dessinateur Christophe Blain joue le candide : ensemble, ils décortiquent énergie, climat, surpopulation et alimentation avec une pédagogie redoutable. L'album a été l'ouvrage le plus vendu en France en 2022 toutes catégories confondues (source : RTBF, 2024). Incontournable pour quiconque veut comprendre pourquoi la transition énergétique est si complexe.
Pourquoi la lire : le duo expert-candide rend accessibles des données habituellement arides (courbes du GIEC, bilans carbone, mix énergétique).
2. Algues vertes, l'histoire interdite — Inès Léraud et Pierre Van Hove
Éditeur : Delcourt/La Revue dessinée, 2019. 160 pages.
La journaliste Inès Léraud retrace quarante ans de pollution aux algues vertes en Bretagne : agriculture intensive, lobbying agroalimentaire, morts suspectes sur les plages et silence des pouvoirs publics. Récompensée par le Prix de l'éthique 2021 et le Prix BD bretonne 2020, cette enquête dessinée a été adaptée au cinéma en 2023 (source : INA, La Revue des Médias). Un travail de journalisme d'investigation au sens plein du terme.
Pourquoi la lire : un cas concret, documenté, français, qui montre comment les intérêts économiques peuvent primer sur la santé publique.
3. Saison brune — Philippe Squarzoni
Éditeur : Delcourt, 2012. 480 pages.
Six ans de travail pour un pavé de 480 pages : Philippe Squarzoni a produit l'un des documentaires graphiques les plus ambitieux sur le changement climatique. Le titre fait référence à la cinquième saison du Montana, entre hiver et printemps, métaphore de l'indécision politique face au réchauffement. Toutes les données sont issues des rapports du GIEC (source : Université d'Angers, fiche de lecture Écolitt).
Pourquoi la lire : la profondeur d'une thèse universitaire avec la lisibilité d'un récit personnel.
4. Horizons climatiques — collectif
Éditeur : Michel Lafon, 2024. 192 pages.
Sorti en mars 2024, cet album réunit plusieurs auteurs pour cartographier les futurs possibles du climat : scénarios du GIEC illustrés, projections régionales, pistes d'adaptation concrètes. Une BD-outil, pensée pour les enseignants et les associations, qui transforme les rapports scientifiques en récits visuels.
Pourquoi la lire : une synthèse visuelle des scénarios climatiques actualisés, parfaite pour animer un débat.
Les fictions engagées
5. Neoforest — Fred Duval et Philippe Scoffoni
Éditeur : Delcourt, 2024. Tome 1.
Nominée au Prix Cabaret Vert 2024, cette série de science-fiction explore un futur où la reforestation est devenue un enjeu géopolitique majeur (source : ActuaLitté, 2024). Les forêts ne sont plus seulement des écosystèmes : elles sont des territoires disputés, des armes stratégiques. Fred Duval, habitué des récits d'anticipation réaliste, livre un thriller écologique avec un worldbuilding solide.
Pourquoi la lire : de la SF qui prend l'écologie au sérieux, sans caricature militante.
6. Frontier — Guillaume Singelin
Éditeur : Rue de Sèvres, 2024. 320 pages.
Également nominée au Prix Cabaret Vert 2024, Frontier imagine une planète-dépotoir où l'humanité a exporté ses déchets. Guillaume Singelin — dont le style graphique doit autant au manga qu'à la BD franco-belge — y construit un récit d'aventure qui interroge notre rapport aux rebuts et à la consommation. Le dessin, nerveux et coloré, donne une énergie rare à un sujet que d'autres traiteraient de façon plombante.
Pourquoi la lire : un page-turner écologique qui ne fait jamais la morale.
7. La bombe — Alcante, Laurent-Frédéric Bollée et Denis Rodier
Éditeur : Glénat, 2020. 456 pages.
Pas strictement écologique, mais fondamentalement environnemental : ce roman graphique de 456 pages raconte la genèse de la bombe atomique. Du projet Manhattan à Hiroshima, le récit met en lumière les conséquences durables des essais nucléaires sur les écosystèmes et les populations. Extrêmement documenté, salué par la critique, sélectionné au Prix BD Fnac France Inter 2021 (source : Glénat).
Pourquoi la lire : comprendre l'origine de la plus grande menace environnementale jamais créée par l'homme.
8. Dans l'indifférence générale — collectif
Éditeur : Glénat, 2025.
Paru en juin 2025, cet album collectif rassemble des récits courts sur l'effondrement de la biodiversité, traité non pas comme une catastrophe lointaine mais comme un processus silencieux déjà en cours. Chaque histoire adopte un angle différent : un pêcheur, un apiculteur, une biologiste marine, un enfant. La force du collectif : la multiplicité des regards sur un même constat.
Pourquoi la lire : des récits intimes qui rendent tangible ce que les chiffres peinent à transmettre.
Les essais et récits naturalistes
9. Petit traité d'écologie sauvage — Alessandro Pignocchi
Éditeur : Steinkis, 2017-2020. 3 tomes.
Alessandro Pignocchi, chercheur en sciences cognitives passé par l'étude des Indiens Jivaros Achuar en Amazonie, imagine un monde où les Occidentaux auraient adopté la vision animiste des peuples autochtones. Le résultat : un essai dessiné drôle, décalé, profondément subversif (source : La Chaire Économie du Climat, Université Paris-Dauphine). Les oiseaux y sont des personnages politiques, les ministres parlent aux mésanges, et la nature n'est plus un ensemble de ressources à exploiter mais un réseau d'acteurs à respecter.
Pourquoi la lire : l'humour le plus intelligent du rayon écologie, qui déplace le cadre de pensée sans jamais asséner de leçon.
10. Hubert Reeves nous explique la biodiversité — Hubert Reeves et Daniel Casanave
Éditeur : Le Lombard, 2017. 64 pages.
L'astrophysicien Hubert Reeves se fait pédagogue pour expliquer aux jeunes lecteurs — et aux moins jeunes — pourquoi la biodiversité est la condition de notre survie. Le dessin clair de Daniel Casanave accompagne des explications scientifiquement rigoureuses sans simplification abusive. Un classique du genre documentaire-jeunesse qui a ouvert la voie à toute une collection (les forêts, les océans).
Pourquoi la lire : la meilleure porte d'entrée pour les adolescents et les néophytes.
11. L'homme qui plantait des arbres — Jean Giono, adapté par Wozniak
Éditeur : Gallimard BD, 2014. 48 pages.
Le conte de Giono, publié pour la première fois en 1953 dans Reader's Digest, raconte l'histoire d'Elzéard Bouffier, un berger solitaire qui reboise patiemment une vallée de Haute-Provence. L'adaptation en BD conserve la puissance poétique du texte original et y ajoute une dimension visuelle qui magnifie la transformation du paysage. Un texte fondateur du mouvement écologique, réécrit pour le 9e art.
Pourquoi la lire : une fable intemporelle sur le pouvoir de l'action individuelle, portée par un dessin aquarellé lumineux.
12. Combien coûte une abeille ? — collectif
Éditeur : parution prévue octobre 2025.
Ce projet met en BD les concepts d'économie écologique : valorisation des services écosystémiques, coût réel de la pollinisation, dette environnementale (source : HistoireGeoBD, 2025). En posant des questions volontairement provocatrices — « peut-on mettre un prix sur une abeille ? » —, l'album force le lecteur à repenser les liens entre économie et biodiversité.
Pourquoi la lire : l'angle économique, rarement traité en BD écologique, qui parle au portefeuille autant qu'à la conscience.
Les BD engagées et militantes
13. Tout va bien : la BD qui décrypte le greenwashing — collectif, La Revue dessinée
Éditeur : Delcourt, collection La Revue dessinée.
Le greenwashing — cette stratégie de communication qui consiste à se donner une image écologique sans changer ses pratiques — est disséqué dans plusieurs reportages dessinés publiés par La Revue dessinée. Du total-wash des compagnies pétrolières au bio-wash de la grande distribution, chaque épisode documente un cas concret avec des sources vérifiables. Le format trimestriel de la revue permet un suivi dans la durée.
Pourquoi la lire : du journalisme dessiné sourcé, concret, sans complaisance.
14. Le Paradoxe de l'Abondance — collectif
Éditeur : parution octobre 2025.
Ce titre à venir explore la contradiction fondamentale de nos sociétés : produire toujours plus dans un monde aux ressources finies. L'album mêle données macroéconomiques, récits de terrain et projections scientifiques pour illustrer comment l'abondance matérielle détruit les conditions de sa propre existence.
Pourquoi la lire : une réflexion systémique sur la décroissance qui évite le ton culpabilisant.
15. Les enfants du plomb — collectif
Éditeur : Rue de Sèvres, 2024.
Sorti en février 2024, ce récit aborde la contamination au plomb — un problème environnemental et sanitaire qui touche particulièrement les enfants des quartiers défavorisés. La BD documente les combats des familles, des associations et des chercheurs pour faire reconnaître ce scandale de santé publique. Un sujet peu médiatisé qui méritait un traitement graphique accessible.
Pourquoi la lire : l'environnement comme question de justice sociale, pas seulement de biodiversité.
Comment choisir : tableau récapitulatif
| Titre | Auteur(s) | Éditeur | Année | Angle |
| Le Monde sans fin | Blain, Jancovici | Dargaud | 2021 | Énergie et climat |
| Algues vertes | Léraud, Van Hove | Delcourt | 2019 | Enquête pollution |
| Saison brune | Squarzoni | Delcourt | 2012 | Documentaire climat |
| Horizons climatiques | Collectif | Michel Lafon | 2024 | Scénarios GIEC |
| Neoforest | Duval, Scoffoni | Delcourt | 2024 | SF reforestation |
| Frontier | Singelin | Rue de Sèvres | 2024 | SF déchets |
| La bombe | Alcante, Bollée, Rodier | Glénat | 2020 | Nucléaire et histoire |
| Dans l'indifférence générale | Collectif | Glénat | 2025 | Biodiversité |
| Petit traité d'écologie sauvage | Pignocchi | Steinkis | 2017 | Essai animiste |
| Hubert Reeves nous explique | Reeves, Casanave | Le Lombard | 2017 | Pédagogie biodiversité |
| L'homme qui plantait des arbres | Giono, adapté par Wozniak | Gallimard BD | 2014 | Fable écologique |
| Combien coûte une abeille ? | Collectif | À paraître | 2025 | Économie écologique |
| Greenwashing (Revue dessinée) | Collectif | Delcourt | Récurrent | Journalisme |
| Le Paradoxe de l'Abondance | Collectif | À paraître | 2025 | Décroissance |
| Les enfants du plomb | Collectif | Rue de Sèvres | 2024 | Santé environnementale |
Par où commencer ?
Trois entrées selon votre profil :
- Vous voulez comprendre le problème : Le Monde sans fin pour l'énergie, Saison brune pour le climat.
- Vous préférez les récits : Frontier pour la fiction, Algues vertes pour l'enquête.
- Vous cherchez un cadeau pour un ado : Hubert Reeves nous explique la biodiversité, clair et accessible dès 12 ans.
L'environnement est aussi au coeur de l'actualite legislative et scientifique : pour comprendre les enjeux reglementaires, notre article sur la loi AGEC et ses changements pour le recyclage offre un eclairage complementaire. Et pour un panorama des defis climatiques actuels, le bilan environnement 2025 de nos collegues dresse un etat des lieux factuel. Pour approfondir la thematique de la biodiversite abordee dans plusieurs de ces BD, notre definition comprehensive de la biodiversite detaille les concepts fondamentaux.
Pour explorer d'autres formes de narration sequentielle, notre selection des meilleurs webtoons a lire en 2026 couvre le versant numerique de la BD contemporaine. Et pour les amateurs de manga, notre guide des meilleurs mangas 2026 classe les incontournables par genre. Les romans graphiques offrent egalement des recits engages sur des sujets de societe.
FAQ
La BD peut-elle vraiment sensibiliser à l'écologie ?
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : Le Monde sans fin a dépassé le million d'exemplaires et est devenu un outil pédagogique dans les lycées. Algues vertes a contribué au débat public breton au point d'être adaptée en film. Le format BD — visuel, narratif, accessible — touche des publics que les essais traditionnels ne convainquent pas.
Quel budget prévoir pour cette sélection ?
Les prix varient entre 10 et 30 euros par album. Pour débuter, trois albums suffisent : comptez entre 35 et 50 euros. Les bibliothèques municipales disposent généralement de la plupart de ces titres — une option économique et cohérente avec le sujet.
Ces BD sont-elles adaptées aux enfants ?
Hubert Reeves nous explique la biodiversité et L'homme qui plantait des arbres conviennent dès 10-12 ans. Le Monde sans fin est accessible à partir de 15 ans. Les enquêtes (Algues vertes, Les enfants du plomb) et les fictions adultes (Frontier, La bombe) s'adressent à un public adolescent et adulte.
Sources
- Livres Hebdo, « Le Monde sans fin atteint le million d'exemplaires vendus » (2024)
- RTBF, « Le Monde sans fin dépasse le million d'exemplaires » (2024)
- INA, La Revue des Médias, « Algues vertes : quand on fait de l'enquête, nos certitudes sont renversées » (2023)
- ActuaLitté, « Écologie et BD : les Prix Cabaret Vert 2024 affichent leurs sélections » (2024)
- Université d'Angers, Écolitt, fiche de lecture Saison brune de Philippe Squarzoni
- La Chaire Économie du Climat (Université Paris-Dauphine), note de lecture Petit traité d'écologie sauvage
- HistoireGeoBD, « L'écologie en BD : plus de 20 BD à découvrir » (2025)
- Glénat, fiche éditeur La bombe (2020)
- BDFugue, sélection « Écologie et biodiversité en BD »
- Babelio, liste « L'écologie dans la bande dessinée » (60 ouvrages référencés)




